Femmes d’Alger dans leur appartement, Eugène Delacroix

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« Les petits secrets des grands tableaux » est une émission diffusée sur Arte et qui traite des tableaux les plus reconnus. Arte est une chaîne de télévision d’origine franco-allemande qui diffuse des émissions culturelles. Nous allons parler de l’émission réalisée par Carlos Franklin, à propos des Femmes d’Alger dans leur appartement, tableau d’Eugène Delacroix, daté de 1834. Nous allons traiter de ce sujet puisque l’émission s’est trouvée en libre d’accès sur internet durant un temps après sa diffusion à la télévision le 20 Décembre 2015.  Pour nous aider dans l’analyse de cette ressource numérique, nous allons également en utiliser une autre qui est le site CAIRN, une revue de sciences humaines et sociale à laquelle nous avons libre accès sur internet. Sur ce site, nous trouvons un article intitulé « Delacroix et les ‘Neos’ : pour le vrai contre le faux » écrit par Marie-Claude Genet-Delacroix qui nous parle du peintre français Eugène Delacroix. Nous allons particulièrement nous intéresser aux paragraphes qui nous parlent de son voyage en Orient.

« Les petits secrets des grands tableaux : Femmes d’Alger dans leur appartement, Eugène Delacroix, 1834 » est une émission qui a été diffusée le 20 Décembre 2015 à 12h55 sur Arte. Elle s’est trouvée en visionnage libre sur le site d’Arte jusqu’au mois de Février. Cette émission a une durée de 26 minutes et se centre sur un tableau qui a été un tournant dans l’Orientalisme : Femmes d’Alger dans leur appartement. L’Emission commence par nous parler de l’admiration et la passion que ressent Delacroix pour l’Orient ce qui le mène à se lancer dans l’apprentissage de l’arabe. Ce goût pour l’Orient est éveillé tout d’abord par le poète britannique Lord Byron, engagé dans la lutte contre les turcs et mort durant un siège en 1824 en Grèce. Sa mort va bouleverser Delacroix qui va être poussé à représenter cette fureur dans ses œuvres La Mort de Sardanapale et Le Massacre de Scio. La deuxième personne qui éveille son goût pour l’Orient et pour sa curiosité pour le monde et ses populations est le grand écrivain Voltaire.

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Cette émission nous offre une description assez juste du tableau qu’il peint. En effet, on nous parle de « trois femmes dans un intérieur », avec une « nonchalance » caractéristique, les « bras dénudés » et une certaine « sensualité » dans leur corps. Ceci sert à poser la problématique sur laquelle va se baser l’émission : ces femmes semblent cacher quelque chose et c’est ce quelque chose qui va choquer le public de l’époque du peintre.

En effet, comme nous l’avons mentionné dans l’article Les thèmes dans l’Orientalisme, avant Delacroix, l’Orient n’était qu’un lieu irréel, qu’un fantasme pour les peintres et c’est ce fantasme qu’ils donnaient à voir dans leurs œuvres. Néanmoins, en 1832, Delacroix entreprend un voyage au Maroc avec l’ambassade du Comte de Mornay, qui le mène, selon l’article de Marie-Claude Genet-Delacroix à « la découverte d’un ‘peuple étrange’ qui lui rappelle les Anciens et d’une lumière crue qui l’amène à repenser les couleurs », ceci, poursuit-elle, va constituer « la source d’un inépuisable renouvellement de sa technique, qu’il mettra au service de la peinture d’histoire ». Son arrivée à Tanger change complètement sa vision du monde. En effet, comme nous l’avons déjà dit, il croit retrouver l’Antiquité dans le monde qu’il découvre. Celui-ci lui fait vivre en chair et en os cette Antiquité puisqu’il dira « Les Grecs et les Romains sont là à ma porte ! J’ai bien ri des Grecs de David, à part bien entendu sa sublime brosse. Je les connais à présent, les marbres sont la vérité même, mais il faut savoir lire et nos pauvres modernes n’y ont vu que des hiéroglyphes […]. Rome n’est plus dans Rome ».  L’Emission d’Arte nous dit que sa surprise et sa joie sont grandes  et qu’il dira même : « Je suis tout étourdi de ce que j’ai vu. Nous avons débarqué au milieu d’un peuple étrange ». Par ailleurs, l’article de Marie-Claude Genet-Delacroix nous indique que dans sa correspondance il dira  « Je suis en ce moment comme un homme qui rêve et qui voit des choses qu’il craint de voir lui échapper ». Ce voyage en Orient, selon ce documentaire est dû à une mission diplomatique auprès du sultan du Maroc ce qui emmène Delacroix à embarquer pour Tanger. Deux raisons le mènent à ce voyage : tout d’abord sa curiosité, son envie d’éloignement et puis le fait qu’il adhère à la présence française en Alger en tant que source de « civilisation » et de libération d’Alger du peuple turc.

L’émission va donc nous inviter à une redécouverte des Femmes d’Alger dans leur appartement.  Le public de l’époque avait pour habitude de voir représenter des odalisques, définies comme les « bonnes pour la chambre » et il se retrouve là devant une image qui le choque puisqu’elle est différente à tout ce qu’il connait. Dans un premier temps, nous avons une redéfinition du « beau ».  En effet, on nous parle de femmes qui portent toutes un corsage échancré tombant sur un pantalon court que nous appelons sarouel. Cette tenue laisse voir les mollets des femmes. Les femmes portent également un voile de soie qui indique qu’elles sont mariées, elles portent également des bijoux et des fleurs. La posture qu’elle adopte est, selon l’émission d’un « naturalisme cru et indécent » qui va jusqu’à la représentation de la servante. Cette servante est noire, elle se trouve à droite du tableau et s’apprête à sortir. Cette femme noire va à l’encontre du « beau académique ». Rentrer dans ce sujet permet à Delacroix de développer son intérêt pour la traite des noirs et pour la couleur en tant que peintre romantique. Cette visite en Orient va ouvrir devant Delacroix un monde de féminité. Ces trois femmes sont trois sœurs qui se vêtissent pour recevoir l’étranger. Il dira de cette vue qui se présente à lui que c’est « beau comme au temps d’Homère », pour lui chacune de ces femmes « est la femme comme je la comprends ». Nous voyons un véritable engouement pour ces femmes. Il va, en effet, en faire plusieurs croquis reprenant leurs poses, le décor, leurs vêtements, leur nudité et ira même jusqu’à reproduire la scène dans son atelier en demandant aux modèles de reprendre les poses de ces femmes. Ce voyage sert à Delacroix pour voler cette réalité de l’Orient. Il sait maintenant ce qu’est le vrai Orient et apporte tous les objets qu’il a pu y voir dans sa mémoire et utilise dans ses compositions des motifs qui lui sont familiers comme des coussins, tentures, babouches et les pieds nus.

Dans un deuxième temps, nous pouvons voir que dans Femmes d’Alger dans leur appartement il ne va pas représenter la scène pour provoquer des passions, il veut simplement montrer une vie paisible qui se déroule dans un intérieur somptueux. Le harem qu’Ingres représentait va se transformer avec Delacroix en un harem « calme et délicieux ».  Avec Delacroix, les stéréotypes de l’Orient vont être dépassés, car selon l’article de CAIRN « À l’Orient fictionnel et faux des œuvres d’Ingres, qu’il critique durement dans ses écrits, Delacroix oppose, dans ses œuvres, une représentation réaliste et vraie de son étrangeté et de son mystère. » Dans ce tableau, le spectateur est placé en tant que voyeur puis que Delacroix part à la recherche de la véracité, du « vrai idéal » qui consiste en dépeindre une expérience vécue et donc représenter des vêtements et accessoires authentiques qui ne vont plus se contenter de représenter « un miroir de l’Orient ».

Pour finir, l’émission nous parle d’un second tableau réalisé par Delacroix dans une version plus petite. Les femmes sont cette fois représentées plus en retrait, plus silencieuses et dans une atmosphère plus sombre. Il n’y a plus de lien avec le spectateur, l’orientalisme est dans ce tableau « plus conventionnel ». Nous avons donc vu qu’à travers Femmes d’Alger dans son appartement Delacroix nous montre une peinture qui se place entre imaginaire et réelle, entre l’observation de la vie et l’impulsion de l’âme.

P. M & M.G.

Bibliographie :

Site Arte « Les petits secrets des grands tableaux : Femmes d’Alger dans leur appartement, Eugène Delacroix, 1834 » :

http://www.arte.tv/guide/fr/051648-009-A/les-petits-secrets-des-grands-tableaux/?vid=051648-009-A_SHOW_ARTEPLUS7_FR_fr

Site CAIRN, article de Marie-Claude Genet-Delacroix « Delacroix et les ‘Neos’ : pour le vrai contre le faux » :

http://www.cairn.info/revue-societes-et-representations-2005-2-page-225.htm

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