Le contexte historique de l’orientalisme

PHOTOLISTE_20090703163006_egypte_le_general_bonapa_600_Napoléon et la campagne d’Egypte

Pour comprendre ce qu’est l’orientalisme, il nous faut parler du contexte historique et de son apogée au XIXe siècle. Nous allons pour cela nous appuyer essentiellement sur quatre articles numériques, et en particulier sur deux provenant du site Réunion des Musées Nationaux – Grand Palais, site du Musée et plate forme libre d’accès qui regroupe des textes et articles qui traitent avec sérieux de notre sujet (l’orientalisme et le contexte historique), par des spécialistes en histoire de l’art, qui s’appuient sur une bibliographie intéressante (variés, de nombreux ouvrages). Les deux autres articles sont des plates formes libre d’accès fait par des amateurs, qui certes ne sont pas remis à jour, mais qui peuvent fournir des  informations intéressantes sur notre sujet en histoire de l’art. Le premier est un article sur le contexte historique en Orient au XIXe siècle rédigé par Laurent Hervé, le deuxième est un article histoire de l’art qui traite de manière générale de l’orientalisme.

La thématique de l’orientalisme traverse différents mouvements picturaux essentiellement au XIXe siècle et début XXe siècle tout en s’inscrivant dans une perspective historique importante. On ne peut pas dire que l’orientalisme est un pur mouvement pictural, c’est surtout une source d’inspiration au XIXe siècle pour les artistes et essentiellement les peintres aussi bien de style romantique que néoclassique. L’orientalisme devient objet de curiosité de fantasmes certes au XVIIe siècle mais l’est véritablement au cours du XVIIIe siècle. Nous pouvons citer ici Victor Hugo dans la préface de son ouvrage Orientales publié en 1829 : l’Orient devient « une préoccupation générale ». Il faut savoir que jusqu’à la fin du XVIIe siècle les seules relations qui existaient entre l’Orient et l’Occident étaient d’ordre commerciales. L’Orient et l’Occident se distinguent de par leur religion, leur culturel et se sont affronter maintes fois au cours de batailles, de croisades, de tentatives d’invasions. Mais c’est au XIXe siècle que va apparaître un véritable engouement pour l’Orient : son luxe, son mystère, le merveilleux qui l’entourent et qui inspirent depuis bien longtemps des artistes mais aussi des écrivains et même scientifiques. Va naître un sentiment de découverte, de partage, une envie de voyager et de visiter ces nouvelles contrées orientales. Au XIXe siècle, l’Empire Ottoman commence son déclin tandis que les puissances européennes rivalisent entre elles, pleines d’ambitions colonialistes. Nous pouvons bien entendu parler ici du cas de la France à travers la campagne d’Egypte de Napoléon Bonaparte (1798-1799), mais aussi de la guerre de libération de la Grèce (1821-1829), la conquête d’Algérie (1830). Tous ces évènements marquent le démantèlement progressif de l’Empire Ottoman lié aux rivalités et ambitions coloniales entre la France et l’Angleterre essentiellement, mais surtout l’amorce de l’orientalisme. L’ouverture des portes de l’Orient vont permettre les échanges, des missions et des voyages (notamment d’artistes et de scientifiques) qui vont se multiplier et donner un élan prodigieux à l’orientalisme. Il est important d’expliquer ici avec plus amples détails comment s’est déroulé la campagne d’Egypte menée par Napoléon, pour expliquer l’afflux de nombreux artistes en Orient, et donc l’importance de l’orientalisme durant le XIXe siècle.

L’Angleterre, principal ennemi de la France à cette époque, pour des raisons économiques, confie à Bonaparte l’expédition d’Egypte. C’est donc le 19 mai 1798, qu’un corps expéditionnaire de 38 000 hommes part vers l’Orient, emmenant avec lui une Commission des sciences et des arts constituée de plus d’une centaines de savants et d’artistes. Bonaparte souhaitait accompagner la conquête militaire d’une expédition savante pour mieux connaître l’Égypte antique et moderne.
Le 1er juillet 1798, l’expédition atteint Alexandrie. Les succès militaires mais aussi les défaites vont se succéder et aboutir à la capitulation française en 1801. Néanmoins, les travaux et les études que les savants et les artistes ont consacrés à l’Égypte ancienne mais aussi l’Egypte moderne durant le séjour militaire, sont une incontestable réussite. Malgré des conditions difficiles (chaleur, maladies, insécurité, manque temps et de matériels), ils sont parvenu a recueillir de nombreuses informations importantes rassemblées dans l’ouvrage Description de l’Egypte, ou Recueil des observations et recherches qui ont été faites en Egypte pendant l’expédition française, publié en 1809. En dehors du fait que l’expédition de Bonaparte en Egypte avait pour but de vaincre l’Angleterre, elle permet de créer une fascination des Occidentaux envers l’Orient à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle. A la fin du XVIIIe siècle, des savants européens quittent leurs cabinets, laboratoires, pour découvrir le monde oriental.

Ce sont donc les campagnes napoléoniennes en Egypte qui ont ouvert à la voie à l’engouement occidental pour l’Orient. On se construit un imaginaire de cet autre monde et les artistes sont séduits par cette culture nouvelle, ils l’a racontent en peinture à l’aide de motifs inspirés de l’art arabe mais aussi de l’univers des Milles et une nuits. De nombreux thèmes représentent le monde arabe, (la ville de Constantinople, le proche-orient etc.). Les scènes montre l’exotisme de la vie intime (harems), les villes d’un monde mythique que l’on redécouvre. Mais il ne faut pas oublier que toutes ses représentations sont vues et idéalisés d’un point de vue occidental. C’est donc après  plusieurs siècles, durant lesquels se développait une source d’imagination pour les artistes en quête de sujets exotiques, que l’Orient éveille en ces artistes occidentaux, une curiosité ethnographique à partir du milieu du XIXe siècle. Les peintres désormais s’intéresse davantage à la réalité de ces pays et même pour certains, à partager la vie quotidienne de leurs populations. Les peintres veulent témoigner et garder en mémoire ces pays (par exemple l’Algérie). Les tableaux orientalistes séduisent leurs contemporains, mais ils permettent d’enrichir le regard occidental sur l’Orient, comme nous l’explique notre article sur le site Réunion des Musées Nationaux – Grand Palais.

C’est donc grâce à cette nouvelle volonté de campagnes, d’explorations et de colonisations, que l’on redécouvre l’Orient. L’orientalisme est à son apogée avec une volonté non seulement de représenter les fantasmes et merveilles que suscitent ces pays orientaux, mais aussi une volonté de mémoire. L’inspiration de l’Orient continuera encore longtemps dans la peinture occidentale sous d’autres formes mais l’enthousiasme du XIXe siècle s’effacera plus tard pour laisser place à de nouveaux courants  plus portés sur la réalité sociale et politique (mouvement réaliste) ou encore des courants purement picturaux voir scientifiques (l’impressionnisme).

Grâce à l’étude de ces nos quatre articles, nous avons une bonne étude documentaire sur le sujet: le contexte historique de l’orientalisme. Certes les deux articles amateurs parle de manière général du contexte historique et du courant artistique mais nous permettent d’approfondir certaines connaissances sur notre sujet. Les deux autres articles issus du site Réunion des Musées Nationaux – Grand Palais, sont des bases solides et sérieuses pour notre article.

M.G

Bibliographie :

Alain GALOIN, Napoléon Bonaparte et l’Egypte, In : site Réunion des Musées Nationaux – Grand Palais
http://www.histoire-image.org/site/etude_comp/etude_comp_detail.php?i=1036

Fleur SIOUFFI, L’orientalisme, In : site Réunion des Musées Nationaux – Grand Palais
http://www.histoire-image.org/site/etude_comp/etude_comp_detail.php?i=223

Laurent HERVE, L’orientalisme, contexte historique, 1997-2005
http://orientaliste.free.fr/textes/contexte.html

http://www.histoiredelart.net/courants/l-orientalisme-17.html

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Edward Said, l’Orientalisme

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L’Orientalisme, l’Orient créé par l’Occident

Cet article traitera du livre fondateur du concept de l’Orientalisme. Écrit par Edward Saïd en 1980, L’Orientalisme, l’Orient crée par l’Occident développe la thèse de l’auteur selon laquelle l’image de l’Orient aux yeux des européens est une conception crée de toute pièce par les européens eux-mêmes. L’auteur est le père fondateur des études postcoloniales, il s’intéresse ainsi aux nombreux textes, récits de voyages, et écrits politiques du XIXe et XXe siècle.

Afin d’étudier ce texte nous utiliserons deux comptes rendus publiés sur Persée. Persée est une plate forme libre d’accès qui regroupe des textes et articles tirés de revues et d’ouvrages scientifiques français. Ce site est constamment remis à jour et les ressources que l’on y trouve sont rédigées par des spécialistes du sujet recherché.
Le premier compte-rendu étudié est paru en 1980 dans la Revue Théologique de Louvain. Cette revue est publiée par l’université catholique de Louvain et regroupe les textes de recherches des professeurs.

L’auteur de ce texte, Guy Harpigny, est un prêtre belge, diplômé d’arabe et  Docteur en Théologie de cette même université de Louvain.
Harpigny fait un résumé du texte en reprenant l’ordre et le plan du livre.

Saïd explique ainsi que l’Orientalisme est une idée de l’Orient façonnée par les occidentaux au XIXe siècle. Il introduit son propos en citant les sources qui lui ont permises de façonner sa pensée. Dans un premier chapitre l’auteur démontre que l’Orientalisme est apparu dans un contexte de colonialisme, l’Orient est donc naturellement perçue par les Occidentaux comme un subalterne. Dans un deuxième chapitre, l’auteur parle des institutions qui se sont développées en accord avec ce mouvement de pensée et notamment les études scientifiques qui en découlent. Dans le troisième et dernier chapitre du livre, Saïd montre comment ces idées marquent encore aujourd’hui le regard des Occidentaux sur l’Orient.
Après avoir relaté les différents propos généraux du texte, Harpigny émet plusieurs critiques: il indique notamment que Saïd a utilisé de nombreux textes de domaines variés mais que ceux-ci sont utilisés à bon escient pour appuyer sa thèse. “La seule condition que nous mettons à l’utilisation des ces textes est de les “laisser parler” , sans imposer au lecteur une interprétation trop orientée ou manifester une méconnaissance flagrante de la pensée envisagée “.

De plus, d’après Harpigny, il semble que pour Saïd dès que les européens parlent de l’orient ils présentent un comportement dominateur. Son propos serait alors trop engagé. Il l’encourage alors a faire un autre livre dans lequel il montrerait comment parler de l’orient sans le dominer.

Le second article est tiré de la revue Mots ,dite scientifique et interdisciplinaire son site internet la définie comme une revue “à la croisée des Sciences du langage, des Sciences du politique et des Sciences de l’information et de la communication.” Elle est appuyée par le CNRS et l’ENS de Lyon. On peut donc ici penser au premier abord, à une argumentation moins teintée d’opinion personnelle que celle d’un prêtre.
Cependant, il apparaît très difficile de trouver des informations sur l’auteur de ce compte-rendu. Sophie Fenouillet n’est indiquée que comme l’auteur de cet article précis, on ne peut donc pas attester de sa spécialisation dans le domaine étudié contrairement à Harpigny.
Elle reprend la structure du livre pour rédiger son compte-rendu comme Harpigny l’avait fait dans le sien. On retrouve donc les grandes lignes de la thèse avancée par Saïd évoquée précédemment. Elle appuie sur le fait que l’Occident s’est formé en miroir avec l’Orient, “son contraire complémentaire”.  A la suite de cela, Fenouillet critique aussi le livre en pointant le fait que l’auteur soulève des questions de politiques universelles mais n’apporte pas de réponse “il abandonne au lecteur le soin de les trouver!”. On trouve donc dans ce compte-rendu moins de critiques directes que l’on en avait vu dans celui de Guy Harpigny. Néanmoins si la revue Mots et la Revue Théologique de Louvain appartiennent à des domaines de pensée différents on retrouve cette critique commune du manque de réponse quand au problème soulevé par Saïd.
Dans l’édition de 1995 de L’Orientalisme, l’Orient créé par l’Occident, Edward Saïd revient sur ces critiques et indique qu’il n’est pas pro-orient mais qu’il refuse une conception de celui-ci figée dans le temps. On peut donc y voir une réponse aux critiques de Guy Harpigny et Sophie Fenouillet.
Grâce à l’étude de ces deux articles nous pouvons nous assurer une bonne recherche documentaire sur le sujet. En effet, les deux auteurs résument les grands traits du livre et apportent tout deux leurs points de vues qui diffèrent quelque peu mais permettent au lecteur une analyse constructive. De manière générale, les articles publiés sur Persée garantissent un bon apport scientifique.

Adélaïde Chabannes

 Bibliographie :

Harpigny Guy. Edward Saïd, L’Orientalisme, l’Orient créé par l’Occident. 1980. In: Revue théologique de Louvain, 12ᵉ année, fasc. 3, 1981. pp. 357-361.

http://bit.ly/1Tyw63K

Fenouillet Sophie. Edward Said, L’orientalisme. L’Orient créé par l’Occident. In: Mots, n°30, mars 1992. Images arabes en langue française , sous la direction de Lamria Chetouani et Maurice Tournier. pp. 117-121.

http://bit.ly/1U1nTnf

Saïd Edward. L’Orientalisme, lecture en ligne (en anglais)

 http://bit.ly/1Rwocla